opera-de-paris

 

C’est l’histoire d’une très vieille maison (l’Opéra de Paris) qui recrute un ex danseur étoile comme directeur artistique (Benjamin Millepied) et qui malgré elle passe au révélateur violent d’un reportage doux sur la forme et dur sur le fond pour la vénérable institution.

En fait ce film Relève, réalisé sur quelques mois de la très brève carrière de Benjamin Millepied à l’Opéra de Paris, est un exemple retentissant de la transformation de la vieille France et de son exceptionnelle résistance au changement.

Millepied dynamite les pesanteurs de l’Opéra de Paris

Tout d’abord, rappelons que Millepied arrive à l’Opéra de Paris auréolé d’une belle carrière aux USA. Ses recruteurs se sont certainement dit qu’il allait apporter une touche de modernité (de façade) sans se rendre compte qu’ils introduisaient au sein de la maison un dynamiteur de pesanteurs d’un autre âge :

  • Des grèves à répétition qui vont jusqu’à faire capoter la rentrée 2015 de l’Opéra. Grèves qui Millepied qualifie de sabotage, tant pareille pratique ne serait même pas imaginable aux USA
  • Une lourdeur extraordinaire de la machine incapable de fabriquer un banc car le mois d’aout arrive !
  • Pesanteur incroyable de la gestion des carrières qui décerne des grades à chaque danseur, chaque année et qui fait qu’un danseur même extrêmement doué mettra une décennie avant d’émerger
  • Une résistance extraordinaire aux nouvelles technologies et encore on ne parle là que de multimédia … sic.
  • Une machine qui est devenue comme le dise certains protagonistes du film une machine à ballets qui reproduit des process au risque de l’étouffement des personnalités.

Opposition totale de style entre Millepied et l’Opéra de Paris

C’est cette réalité, que Millepied dénonce en privilégiant une petite troupe de danseurs ultra motivés pas encore élevés au rang d’inamovibles stars comme les danseurs étoiles.

Dans ce film, Millepied au gré de petites piques finement dosées met en lumière un système à bout de système qui n’a pas encore compris que sa place de numéro du ballet classique était perdue depuis bien longtemps et qui continue à se complaire de cette gloire passée.

D’ailleurs, l’épisode où le directeur de l’Opéra vante la vitesse à laquelle vogue l’Opéra de Paris en la comparant à un grand paquebot est très drôle. On voit bien qu’il en bafouille presque en tentant de se convaincre comme Galilée un temps : et pourtant, il avance !

Un bon exemple de la transformation à la française

En fait, ce film est un révélateur de l’opposition grandissante en France entre les forces vices vives de la société et les pesanteurs d’un système qui se contemple dans le miroir de sa gloire passée et refuse de changer.

Au-delà de ces réflexions, il reste un film attachant (à voir!) et tourné au plus près de Benjamin Millepied et sa petite troupe et qui offre une immersion totale dans le monde finalement assez peu connu de l’Opéra de Paris.